{"id":1626,"date":"2025-07-23T12:36:45","date_gmt":"2025-07-23T10:36:45","guid":{"rendered":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/?p=1626"},"modified":"2025-11-16T20:07:39","modified_gmt":"2025-11-16T18:07:39","slug":"episode-7-a-la-mode-medievale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/2025\/07\/23\/episode-7-a-la-mode-medievale\/","title":{"rendered":"Episode 7 : A la mode m\u00e9di\u00e9vale"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-a89b3969 wp-block-buttons-is-layout-flex\" style=\"text-transform:none\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-text-align-center wp-element-button\" href=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/podcast\/\">Ecouter l&rsquo;\u00e9pisode<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Cotte, braies, chaperon, couvre-chef, houppelande, chausses, pourpoint et robe sont tant de mots qui appartiennent au domaine du v\u00eatement m\u00e9di\u00e9val. \u00c7a fait beaucoup, et bien souvent dans les repr\u00e9sentations modernes qui ne se soucient pas tant du r\u00e9alisme historique, c\u2019est un peu tout m\u00e9lang\u00e9 et parfois assez fantaisiste. T\u00e2chons ensemble d\u2019y voir plus clair !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les sources \u00e0 disposition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur quoi peuvent se baser les historiens pour tenter de reconstituer ce que portaient les hommes et les femmes du Moyen \u00e2ge ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour restituer au plus pr\u00e8s les v\u00eatements m\u00e9di\u00e9vaux, nous devons nous reposer sur l\u2019examen de documents originaux de l\u2019\u00e9poque. Par exemple&nbsp;: r\u00e9sultats de fouilles arch\u00e9ologiques, v\u00eatements conserv\u00e9s dans des tr\u00e9sors princiers ou d\u2019\u00e9glises, illustrations de manuscrits, vitraux, sculptures, textes litt\u00e9raires et enfin documents de la pratique comme des transcriptions de proc\u00e8s, des comptabilit\u00e9s, des inventaires, des testaments, etc). Chacun de ces types de sources a ses avantages et ses inconv\u00e9nients.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Les <strong>repr\u00e9sentations iconographiques<\/strong>, m\u00eame quand elles sont destin\u00e9es \u00e0 des la\u00efcs, sont produites dans des milieux religieux et sont donc biais\u00e9es, volontairement ou non d\u2019ailleurs. Il est donc important de garder cela \u00e0 l\u2019esprit quand on les analyse. Un autre probl\u00e8me pos\u00e9 par les sources iconographiques est que leurs repr\u00e9sentations n\u2019offrent qu\u2019une vue partielle de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, puisque l\u2019iconographie est avant tout masculine et centr\u00e9e sur les classes sup\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Les <strong>sculptures<\/strong> ont l\u2019avantage d\u2019\u00eatre en trois dimensions et permettent de reproduire les accessoires et v\u00eatements assez fid\u00e8lement. Par contre, aujourd\u2019hui on a perdu les couleurs.<\/li>\n\n\n\n<li>A cet \u00e9gard, les <strong>vitraux<\/strong>, <strong>mosa\u00efques<\/strong> et <strong>broderies<\/strong> ont pr\u00e9serv\u00e9 leurs couleurs. En revanche, la stylisation des formes propres \u00e0 ces supports est peu propice \u00e0 une restitution d\u00e9taill\u00e9e et fid\u00e8le.<\/li>\n\n\n\n<li>Du point de vue des sources \u00e9crites, on distingue les <strong>sources litt\u00e9raires<\/strong> et ce qu\u2019on appelle les <strong>documents issus de la pratique<\/strong>. Les \u0153uvres litt\u00e9raires posent le probl\u00e8me de l\u2019intention et du point de vue de l\u2019auteur, et de sa volont\u00e9 soit d\u2019id\u00e9aliser soit de \u00ab\u00a0vilainiser\u00a0\u00bb certains personnages, ou arch\u00e9types de personnages, en exag\u00e9rant leur apparence et leurs tenues. Ces textes ne sont pas pour autant \u00e0 d\u00e9consid\u00e9rer, car m\u00eame les exag\u00e9rations permettent en filigrane d\u2019appr\u00e9hender une certaine r\u00e9alit\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Enfin, les documents comme les <strong>inventaires de biens<\/strong> permettent de replacer les v\u00eatements d\u00e9crits dans un contexte g\u00e9ographique, \u00e9conomique et social extr\u00eamement pr\u00e9cis, ce qui est tr\u00e8s pr\u00e9cieux surtout pour les couches plus basses de la soci\u00e9t\u00e9 qui sont g\u00e9n\u00e9ralement moins repr\u00e9sent\u00e9es dans les autres types de sources.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Vous l\u2019aurez compris, pour se faire une id\u00e9e la plus pr\u00e9cise et la plus juste possible, il est donc essentiel de recouper les diff\u00e9rents types de sources. Cependant, et malheureusement, ces sources, m\u00eame recoup\u00e9es entre elles, ne sont pas toujours suffisamment nombreuses et pr\u00e9cises pour approcher la r\u00e9alit\u00e9 du v\u00eatement, surtout pour les p\u00e9riodes les plus anciennes. Il faut alors accepter que certains aspects restent dans l\u2019ombre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc la disponibilit\u00e9 des sources va guider notre approche chronologique au cours de cet \u00e9pisode. Nous commencerons par une premi\u00e8re p\u00e9riode allant du V<sup>e<\/sup> au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et qui recouvre les \u00e9poques m\u00e9rovingiennes et carolingiennes, o\u00f9 les documents sont rares et difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter. Ensuite, suivra une seconde p\u00e9riode avec des sources plus d\u00e9velopp\u00e9es permettant une approche un peu plus pr\u00e9cise entre le XIIe et le XIIIe si\u00e8cles.&nbsp;Enfin, nous nous int\u00e9resserons aux XIV<sup>e<\/sup> et XVe si\u00e8cles, o\u00f9 les documents nombreux et vari\u00e9s permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une meilleure connaissance des v\u00eatements, tant pour les milieux ais\u00e9s que modestes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9poque m\u00e9rovingienne (Ve-VIIIe s.)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Remontons au tout d\u00e9but du Moyen \u00e2ge pour commencer. Traditionnellement, on fait d\u00e9marrer la p\u00e9riode dite m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 la d\u00e9position du dernier empereur romain d\u2019Occident en 476, soit au dernier quart du Ve si\u00e8cle. Ce qui caract\u00e9rise le d\u00e9but de ce qu\u2019on appelle le Haut Moyen \u00e2ge, c\u2019est la cr\u00e9ation et la croissance de diff\u00e9rents royaumes germaniques, comme par exemple celui des Francs que nous avons eu l\u2019occasion d\u2019explorer dans <a href=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/2024\/08\/11\/episode-4-des-seigneurs-et-des-hommes\/\">l\u2019\u00e9pisode consacr\u00e9 \u00e0 la f\u00e9odalit\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette p\u00e9riode a souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e dans la litt\u00e9rature et les livres d\u2019histoire plus anciens, influenc\u00e9s notamment par les penseurs de la Renaissance qui se plaisaient \u00e0 d\u00e9nigrer la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale, comme une rupture violente entre la civilisation romaine, d\u00e9velopp\u00e9e et cultiv\u00e9e, et les \u00ab&nbsp;temps barbares&nbsp;\u00bb caract\u00e9ris\u00e9s par les \u00ab&nbsp;invasions&nbsp;\u00bb des peuples germaniques. Cette p\u00e9riode est d\u2019ailleurs souvent d\u00e9sign\u00e9e comme l\u2019\u00e9poque des \u00ab&nbsp;invasions barbares&nbsp;\u00bb, m\u00eame si aujourd\u2019hui l\u2019historiographie tend \u00e0 lui pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019expression de \u00ab&nbsp;grandes migrations&nbsp;\u00bb, nettement moins connot\u00e9e. Au contraire, loin d\u2019\u00eatre une p\u00e9riode de d\u00e9cadence, il faut consid\u00e9rer cette \u00e9poque comme une p\u00e9riode de transition et d\u2019\u00e9volution culturelle, certes complexe, mais riche avant tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons-en \u00e0 nos v\u00eatements. Nous connaissons en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s peu de choses sur les v\u00eatements port\u00e9s pendant les premiers si\u00e8cles du Moyen \u00e2ge, et cela pour plusieurs raisons. Notamment, les documents \u00e9crits et les images qui sont parvenus jusqu\u2019\u00e0 nous sont tr\u00e8s rares et ne nous permettent pas d\u2019avoir une vision globale suffisante puisque les milieux modestes en particulier y sont largement sous-repr\u00e9sent\u00e9s. De plus, nous ne savons pas si les v\u00eatements repr\u00e9sent\u00e9s refl\u00e9taient la r\u00e9alit\u00e9. En effet, \u00e0 cette \u00e9poque les v\u00eatements figur\u00e9s dans les sources sont avant tout ce qu\u2019on appelle des \u00ab&nbsp;marqueurs&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir des codes qui permettaient d\u2019identifier les personnages (le Christ, un ange, le roi, une femme, etc). A ce titre, il est difficile de savoir si ce type de v\u00eatements \u00e9tait r\u00e9ellement port\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019essentiel de nos connaissances sur les v\u00eatements de cette p\u00e9riode provient de fouilles arch\u00e9ologiques. Les r\u00e9sultats sont cependant in\u00e9gaux, partiels et difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter en raison du degr\u00e9 de conservation des vestiges. On parle de textiles vieux de pr\u00e8s de 1500 ans, ne l\u2019oublions pas. Parfois, des techniques modernes d\u2019analyse permettent cependant d\u2019affiner ponctuellement les connaissances. Ces trouvailles arch\u00e9ologiques proviennent notamment de tombes. Il est important de souligner que les tombes comportant des objets ou des traces d\u2019objets sont celles de personnes ais\u00e9es qui avaient les moyens d\u2019emporter dans leur tombe des objets dont leur famille n\u2019aurait pas besoin. En g\u00e9n\u00e9ral, dans ces tombes, les \u00e9l\u00e9ments organiques comme les textiles et les cuirs se sont d\u00e9grad\u00e9s au fil du temps et ne sont conserv\u00e9s que tr\u00e8s exceptionnellement. Les technologies modernes permettent cependant aux arch\u00e9ologues de reconstituer partiellement les v\u00eatements, la nature et les formes des textiles utilis\u00e9s \u00e0 partir de fragments ou de traces. Les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9talliques ou en mati\u00e8res min\u00e9rales comme des perles de verre sont souvent les seuls \u00e9l\u00e9ments subsistants.&nbsp; En ce qui concerne l\u2019habillement, \u00e9taient souvent pr\u00e9sents :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>pour les hommes, des boucles, des plaques et contre-plaques, des mordants de ceinture et des armes.<\/li>\n\n\n\n<li>pour les femmes, des fibules, des boucles et des mordants de ceinture ou autres lani\u00e8res, des ch\u00e2telaines qui \u00e9taient des cha\u00eenes que la ma\u00eetresse de maison suspendait \u00e0 sa ceinture pour y accrocher divers objets, des bijoux, des \u00e9pingles, des jarreti\u00e8res, des bandelettes molleti\u00e8res et des boucles de chaussures.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Quoi de mieux qu\u2019un bel exemple pour conclure cette premi\u00e8re partie?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1959, une tombe pr\u00e9sentant un \u00e9tat de conservation des \u00e9l\u00e9ments organiques exceptionnels a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte \u00e0 l\u2019occasion des fouilles de la basilique de Saint-Denis. Une bague portant l\u2019inscription \u201carnegundis\u201d a permis d\u2019identifier la d\u00e9funte comme \u00e9tant Ar\u00e9gonde, l\u2019une des \u00e9pouses de Clotaire Ier et dont le d\u00e9c\u00e8s a pu intervenir entre 573 et 579. A partir de 2003, une \u00e9tude approfondie men\u00e9e en laboratoire sur les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9couverts dans la tombe a abouti sur une proposition de reconstitution de la tenue de la reine. Ar\u00e9gonde portait probablement un voile en soie rouge et jaune, qui aurait \u00e9t\u00e9 maintenu au niveau de la t\u00eate par deux \u00e9pingles et au niveau de l&rsquo;\u00e9paule par une grande \u00e9pingle en or et grenat. Sous cette \u00e9toffe, elle aurait port\u00e9 un v\u00eatement en laine, peut-\u00eatre m\u00e9lang\u00e9 de soie, ouvert sur le devant et bord\u00e9 d&rsquo;un galon \u00e0 motifs g\u00e9om\u00e9trique. Les manches \u00e9taient peut-\u00eatre en soie et \u00e9taient bord\u00e9es d&rsquo;un galon brod\u00e9 de fil d&rsquo;or. Sous ce v\u00eatement en laine une autre toile de laine pourrait \u00eatre identifi\u00e9e soit comme \u00e9tant la doublure de ce v\u00eatement soit une tunique. Ce v\u00eatement principal \u00e9tait ferm\u00e9 par une grande ceinture de cuir dont il subsiste la boucle et la contre-plaque en m\u00e9tal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"728\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f-728x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1629\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f-728x1024.jpg 728w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f-213x300.jpg 213w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f-768x1081.jpg 768w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f-1091x1536.jpg 1091w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/F074-aregonde-a-f.jpg 1421w\" sizes=\"(max-width: 728px) 100vw, 728px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a href=\"https:\/\/panoramadelart.com\/analyse\/parure-de-la-reine-aregonde\">Parure de la reine Ar\u00e9gonde<\/a>, VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mat\u00e9riaux\u00a0: grenat, or, argent, verre. Lieu de conservation\u00a0: France, Saint-Germain-en-Laye, mus\u00e9e d&rsquo;Arch\u00e9ologie nationale. \u00a9 RMN-Grand Palais \/ Jean-Gilles Berizzi.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"333\" height=\"884\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/aregonde-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1632\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/aregonde-1.png 333w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/aregonde-1-113x300.png 113w\" sizes=\"(max-width: 333px) 100vw, 333px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Nouvelle reconstitution du costume d&rsquo;Ar\u00e9gonde. Documentation Patrick P\u00e9rin, Antoinette Rast Eicher (Archeotex, Suisse) pour les textiles, Marquita Volken (Gentle Craft, Lausanne) pour les cuirs. Dessin de Florent Vincent.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Attention de ne pas oublier que cette reconstitution reste une interpr\u00e9tation, une proposition \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments partiels. Il faut \u00e9galement consid\u00e9rer qu\u2019elle refl\u00e8te le v\u00eatement d\u2019une dame de la tr\u00e8s haute noblesse, v\u00eatue sp\u00e9cialement pour sa vie dans l\u2019au-del\u00e0 selon la coutume franque \u00e0 la fin du VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il n\u2019est pas du tout \u00e9tabli qu\u2019elle s\u2019habillait ainsi au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9poque carolingienne (VIIIe-Xe s.)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avan\u00e7ons dans le temps. Nous arrivons maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9poque carolingienne. De nombreux monast\u00e8res sont fond\u00e9s \u00e0 cette p\u00e9riode, ce qui conduit \u00e0 une augmentation des manuscrits figur\u00e9s o\u00f9 des v\u00eatements sont repr\u00e9sent\u00e9s. Malheureusement, encore et toujours, tr\u00e8s peu sont parvenus intacts jusqu\u2019\u00e0 nous. Mais les images dont nous disposons nous permettent toutefois d&rsquo;approcher la forme g\u00e9n\u00e9rale des v\u00eatements port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. A nouveau, la prudence est de mise avec l\u2019interpr\u00e9tation de ces images, puisqu&rsquo;elles sont issues en majorit\u00e9 du monde religieux et posent donc la question du symbolique et du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs constats s\u2019imposent. D\u2019abord, les femmes semblent perp\u00e9tuer le mod\u00e8le de la silhouette antique, avec une premi\u00e8re robe longue aux manches plus ou moins courtes, recouverte d&rsquo;une seconde robe, parfois orn\u00e9e de galons. Leur t\u00eate est couverte d&rsquo;un long voile. Du c\u00f4t\u00e9 des hommes, on retrouve des tuniques longues jusqu&rsquo;aux genoux marqu\u00e9es \u00e0 la taille par une ceinture, un manteau en demi-lune fix\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, un pantalon proche des jambes et des souliers ou des bottes montant jusqu&rsquo;aux mollets. Le plus souvent, ils sont repr\u00e9sent\u00e9s la t\u00eate nue. On constate \u00e9galement que les galons, qui sont des rubans \u00e9pais cousus aux bords ou sur les coutures d&rsquo;un v\u00eatement, et les bordures orn\u00e9es sont des \u00e9l\u00e9ments vestimentaires importants \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les mat\u00e9riaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019aller plus loin, parlons un peu des mat\u00e9riaux utilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long du Moyen \u00e2ge, ce sont les \u00e9toffes de laine qui tiennent la premi\u00e8re place, et cela quelle que soit la classe sociale. Les informations concernant les \u00e9toffes des deux p\u00e9riodes que nous venons de survoler sont peu abondantes, pour les raisons que nous avons \u00e9voqu\u00e9es. Ce qu\u2019on sait en revanche, c\u2019est que les \u00e9toffes de ces p\u00e9riodes se caract\u00e9risaient en particulier par des motifs de losanges ou de chevrons.&nbsp;Des documents commerciaux plus tardifs attestent aussi de distinctions \u00e9tablies par les marchands entre les diverses qualit\u00e9s de laine. L\u2019analyse de fibres anciennes a notamment permis de pr\u00e9ciser la diversit\u00e9 des laines utilis\u00e9es et donc des esp\u00e8ces de moutons \u00e9lev\u00e9es \u00e0 cet effet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les informations sont beaucoup plus rares et tardives pour ce qui concerne les \u00e9toffes \u00e9labor\u00e9es \u00e0 partir de fibres v\u00e9g\u00e9tales comme le lin ou le chanvre. Ces fibres se conservant tr\u00e8s mal dans le sol, l\u2019arch\u00e9ologie ne peut pas beaucoup nous aider. Ce qu\u2019on sait en revanche, c\u2019est que tant \u00e0 la campagne qu\u2019en ville, l\u2019habitation est \u00e9quip\u00e9e de tout l\u2019outillage n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer et filer les fibres. On rencontre d\u2019ailleurs souvent dans les inventaires mobiliers des stocks de fibres \u00e0 diff\u00e9rents stades d\u2019\u00e9laboration, attestant de la \u00ab&nbsp;production maison&nbsp;\u00bb de ces toiles. Surtout destin\u00e9e \u00e0 la confection des v\u00eatements du dessous, comme les chemises ou les braies pour les hommes, la toile \u00e9tait aussi utilis\u00e9e pour confectionner des robes courtes pour les enfants. La toile \u00e9tait aussi utilis\u00e9e pour confectionner des couvre-chefs, qui sont des carr\u00e9s de toile port\u00e9s sur la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, parlons fourrure et cuir. La fourrure \u00e9tait surtout utilis\u00e9e pour doubler ou fourrer des v\u00eatements de laine. En g\u00e9n\u00e9ral, la fourrure elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait visible que sur les bordures, \u00e0 l\u2019ourlet, ou \u00e0 l\u2019encolure. A une \u00e9poque sans chauffage, toute pi\u00e8ce de v\u00eatement \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre fourr\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance du cuir, sa relative imperm\u00e9abilit\u00e9 ainsi que sa souplesse dans le cas des peaux les plus fines, en font un mat\u00e9riau adapt\u00e9 \u00e0 une multitude d\u2019usages. Le cuir servait notamment \u00e0 confectionner des accessoires comme les ceintures, les baudriers, les bourses, les gants et bien s\u00fbr les chaussures. Dans le milieu des artisans et commer\u00e7ants, le cuir \u00e9tait utilis\u00e9 pour confectionner par exemple des tabliers ou des gants de travail. Le cuir faisait \u00e9galement partie int\u00e9grante de l\u2019armure m\u00e9di\u00e9vale, mais on y reviendra plus tard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc un survol des mat\u00e9riaux utilis\u00e9s au Moyen \u00e2ge pour confectionner des v\u00eatements. Reprenons maintenant le d\u00e9roul\u00e9 chronologique de notre exploration, et int\u00e9ressons-nous \u00e0 l\u2019\u00e9poque f\u00e9odale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9poque f\u00e9odale (Xe-XIIIe s.)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A cette \u00e9poque, l\u2019organisation sociale et politique passe par les liens de vassalit\u00e9. La hi\u00e9rarchie sociale est strictement d\u00e9finie et doit \u00eatre visible. Cela passe notamment par les v\u00eatements.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le XI<sup>e<\/sup> et le XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle donc, les codes vestimentaires vont \u00e9voluer pour s&rsquo;adapter au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel de l&rsquo;Occident. Enfin n\u2019oublions pas que qui dit soci\u00e9t\u00e9 au Moyen \u00e2ge dit \u0153il scrutateur de l\u2019Eglise. Les mentalit\u00e9s de ces si\u00e8cles s&rsquo;inscrivent en effet dans une morale chr\u00e9tienne qui fournit des cadres \u00e9thiques sur le sens et le r\u00f4le du v\u00eatement. A cette \u00e9poque se fixe notamment un des fondements de la culture m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 savoir que l&rsquo;apparence ext\u00e9rieure doit refl\u00e9ter l&rsquo;\u00e2me et le statut de la personne. Il faut porter ce qui convient \u00e0 son statut dans la soci\u00e9t\u00e9, mais pas plus. D\u00e8s le XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les moralistes vont donc s&rsquo;insurger r\u00e9guli\u00e8rement au sujet de la futilit\u00e9 des parures luxueuses de certains nobles. Le luxe vestimentaire n&rsquo;\u00e9tait certes pas nouveau au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais les sp\u00e9cialistes de l\u2019histoire du v\u00eatement constatent une augmentation du ph\u00e9nom\u00e8ne. Une explication serait que pour pr\u00e9server le statut social des nobles les plus ais\u00e9s d\u00e8s le XII<sup>e<\/sup> mais surtout au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle vis-\u00e0-vis des notables bourgeois qui se sont enrichis gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;artisanat, au commerce ou \u00e0 l&rsquo;acquisition de terres (aujourd\u2019hui on parlerait de \u00ab&nbsp;nouveaux riches&nbsp;\u00bb), les \u00e9lites ont voulu se distinguer toujours plus. Cela aurait conduit \u00e0 une surench\u00e8re r\u00e9ciproque, les uns cherchant \u00e0 se d\u00e9marquer des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contexte chr\u00e9tien que nous avons mentionn\u00e9 explique aussi que le corps et la t\u00eate soient g\u00e9n\u00e9ralement enti\u00e8rement couverts, tant chez les femmes que chez les hommes. \u00c0 la fin du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle le v\u00eatement r\u00e9pond \u00e0 un id\u00e9al chr\u00e9tien de temp\u00e9rance et de justesse, en tout cas selon les repr\u00e9sentations imag\u00e9es dont on dispose. Ce qui marquera la diff\u00e9rence entre les v\u00eatements des diff\u00e9rentes classes sociales, ce sera principalement la qualit\u00e9 des mat\u00e9riaux et les teintures utilis\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme cette p\u00e9riode co\u00efncide avec l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la chevalerie, il est temps de faire un point sur la tenue militaire. Pour assurer la protection du corps, les hommes portaient un v\u00eatement constitu\u00e9 d&rsquo;un support souple d&rsquo;\u00e9toffe ou de cuir arrivant au genou et sur lequel \u00e9taient fix\u00e9es des plaques de m\u00e9tal appel\u00e9es \u00ab&nbsp;mailles&nbsp;\u00bb. Ce v\u00eatement s&rsquo;appellait la broigne. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un v\u00eatement rigide muni de manches assez courtes pour permettre le mouvement. Sous leur tenue militaire, les hommes portaient un v\u00eatement \u00e9pais fait de plusieurs \u00e9toffes surpiqu\u00e9es et rembourr\u00e9es, pour mettre un peu de coussinet entre leur peau et l\u2019armure. Il s&rsquo;agit du pourpoint, v\u00eatement donc d\u2019origine militaire d&rsquo;abord mais qui finira par faire partie de l&rsquo;habillement civil d\u00e8s le XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. On y reviendra. La t\u00eate pouvait \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e par un capuchon m\u00e9tallique nomm\u00e9 le haubert. La cotte de maille, une tunique compos\u00e9e de mailles de fer ou d&rsquo;acier, se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 partir du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le haubert \u00e9tait fr\u00e9quemment compl\u00e9t\u00e9 par un casque \u00e9quip\u00e9 d\u2019un nasal pour prot\u00e9ger le visage. Ce casque, de forme conique au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sera progressivement remplac\u00e9 par le heaume. Les protections pour les jambes et les bras \u00e9taient en cuir ou en m\u00e9tal selon le niveau de richesse de l\u2019individu. Ce type de protections restera en usage pendant tout le Moyen \u00e2ge. Les armures compl\u00e8tes en m\u00e9tal forg\u00e9 se d\u00e9velopperont plus tard au milieu du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle mais surtout au XV<sup>e<\/sup> et XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La cotte d&rsquo;armes, ce v\u00eatement qui portait les armoiries du guerrier et qui \u00e9tait rev\u00eatu par-dessus l\u2019armure, appara\u00eet quant \u00e0 elle au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Avant cela, les signes d\u2019appartenance des guerriers figuraient sur leur \u00e9cu, puis sur leurs banni\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>XIVe-XVe s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derniers si\u00e8cles du Moyen \u00e2ge, les documents nombreux et vari\u00e9s nous permettent d&rsquo;acc\u00e9der, enfin, \u00e0 une meilleure connaissance des milieux moins ais\u00e9s. Gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9crit, de nombreux documents li\u00e9s au quotidien ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s comme des registres de compte, des inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s, des testaments, des comptes rendus de proc\u00e8s, etc.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Classes populaires et paysannerie<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Pour conna\u00eetre la mani\u00e8re dont s\u2019habillaient les hommes et les femmes du peuple, les documents sont rares jusqu\u2019au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les textes litt\u00e9raires ignorent le plus souvent le monde paysan et leurs rares mentions refl\u00e8tent souvent les pr\u00e9jug\u00e9s, voire la r\u00e9pulsion des milieux lettr\u00e9s vis \u00e0 vis de ce milieu. Et pourtant, durant tout le Moyen \u00e2ge, et malgr\u00e9 le d\u00e9veloppement urbain, l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de la population vit dans les campagnes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais heureusement pour nous, dans certaines r\u00e9gions, d\u00e8s le XIII<sup>e<\/sup> mais surtout aux XIV<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, des s\u00e9ries de documents nous donnent une id\u00e9e plus pr\u00e9cise de la garde-robe des gens du peuple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que son nom ait vari\u00e9 au cours des si\u00e8cles, le v\u00eatement principal, le basique incontournable, c\u2019est la tunique, ou la cotte, atteignant au moins les mollets pour les femmes et ne d\u00e9passant pas le genou pour les hommes. Moins souvent repr\u00e9sent\u00e9e, la femme du peuple semble porter jusqu\u2019au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sur sa tunique un voile plus ou moins ample qui lui couvre la t\u00eate et les \u00e9paules. Au d\u00e9but du XIV<sup>e<\/sup>, un autre classique f\u00e9minin \u00e9tait la cotte-hardie, une longue tunique pr\u00e8s du corps au niveau du buste, assez \u00e9chancr\u00e9e au niveau des \u00e9paules et \u00e9vas\u00e9es \u00e0 partir de la taille, avec de longues manches en principe serr\u00e9es au niveau du poignet.Le seul v\u00eatement chaud cit\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises dans les inventaires de paysannes au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est le pelisson. Ce v\u00eatement nous pose une colle, car il n\u2019a pu \u00eatre rep\u00e9r\u00e9 sur aucune image, probablement parce qu\u2019il \u00e9tait port\u00e9 sous la robe ou sous la cotte. Les seules informations relatives \u00e0 ce v\u00eatement concernent son mat\u00e9riau, une pelleterie de qualit\u00e9 modeste (chevreau ou lapin, agneau ou chat dans les meilleurs cas). Il s\u2019agit donc probablement d\u2019un gilet de peau retourn\u00e9e par-dessus lequel elles enfilaient leur robe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images des calendriers qui repr\u00e9sentent des paysans se livrant aux travaux de l\u2019\u00e9t\u00e9 plus ou moins d\u00e9v\u00eatus attestent d\u00e8s le XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au moins de l\u2019emploi de chemises, de braies et de coiffures de toile dans le milieu populaire. La chemise \u00e9tait une tunique de toile, pourvue de manches, d\u2019une coupe ample, longue pour les femmes, plus courte pour les hommes, le plus souvent en toile de chanvre puisque le lin, beaucoup plus co\u00fbteux, \u00e9tait de fait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite peu nombreuse. Les braies, longues et amples ou courtes et ajust\u00e9es, \u00e9taient d\u2019usage exclusivement masculin et fa\u00eetes de toile \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019assortiment des linges de corps, il faut ajouter les coiffures de toile. Les bonnets enveloppant \u00e9troitement la t\u00eate, nou\u00e9s sous le menton, appel\u00e9s cales, largement utilis\u00e9s par les hommes au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sont abandonn\u00e9s progressivement au cours du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au profit des couvre-chefs qui servaient de bonnets de nuit pour les hommes et de coiffures de jour et de nuit pour les femmes. Au Moyen \u00e2ge, le fait de se couvrir la t\u00eate et les cheveux \u00e9tait un gage d\u2019honneur personnel et de pudeur. L\u2019importance attach\u00e9e au couvre-chef transpara\u00eet notamment dans des mentions d\u2019archives judiciaires, puisqu\u2019on y d\u00e9couvre qu\u2019arracher la coiffe d\u2019une femme ou faire tomber le chapeau d\u2019un homme \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une offense grave et \u00e9tait lourdement puni.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chaussures et protections de jambes n\u2019\u00e9taient probablement pas d\u2019usage constant dans les classes populaires, puisque l\u2019habitude de circuler pieds nus est attest\u00e9e dans l\u2019iconographie. Cependant, tant les images que les textes t\u00e9moignent de l\u2019emploi courant de chausses (bas de tissus) \u00e0 la fin du Moyen \u00e2ge.&nbsp;Enfin, le tablier faisait \u00e9galement partie int\u00e9grante de la tenue de la paysanne, tant dans l\u2019ex\u00e9cution des t\u00e2ches domestiques qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Pour l\u2019homme, le tablier \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 certaines activit\u00e9s professionnelles pr\u00e9cises, notamment les plus salissantes, comme l\u2019ouillage, l\u2019abattage, la d\u00e9coupe de viande.<\/p>\n\n\n\n<ol start=\"2\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Classes sup\u00e9rieures<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en \u00e9tait-il du c\u00f4t\u00e9 des classes sup\u00e9rieures ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien s\u2019il semblerait que les v\u00eatements de la classe dominante n\u2019ont pas connu d\u2019\u00e9volution notable pendant les XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, les mat\u00e9riaux et ornementations ont en revanche connu des transformations importantes. Les marchands ont en effet introduit des quantit\u00e9s croissantes d\u2019\u00e9toffes et de v\u00eatements fabriqu\u00e9s outre M\u00e9diterran\u00e9e. Le Moyen-Orient arabe notamment concurren\u00e7ait les ateliers byzantins en mettant sur le march\u00e9 des soieries de toutes sortes. Mais au cours du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la laine garde malgr\u00e9 tout la premi\u00e8re place dans le costume des princes et des chevaliers, m\u00eame si les soieries gagnent progressivement du terrain, d\u2019abord pour les v\u00eatements de petites dimensions. Les \u00e9num\u00e9rations des inventaires royaux prouvent que les robes de soie \u00e9taient alors encore consid\u00e9r\u00e9es comme faisant partie du tr\u00e9sor princier et non de la garde-robe. Par ailleurs, les soieries \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es, pour l\u2019essentiel, aux tentures et aux ornements liturgiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les trouvailles arch\u00e9ologiques d\u00e9voilent la diversit\u00e9 d\u2019aspect que pouvaient prendre les lainages, certaines \u00e9toffes crois\u00e9es \u00e9tant si fines et souples qu\u2019on aurait pu penser que c\u2019\u00e9tait de la soie. Les sources attestent \u00e9galement des progr\u00e8s accomplis dans l\u2019art de la teinture ce qui a permis de mettre en avant de nouvelles couleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons-en maintenant au pourpoint, ce v\u00eatement matelass\u00e9 initialement pr\u00e9vu pour \u00eatre port\u00e9 sous l\u2019armure. D\u00e8s la fin du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les comptabilit\u00e9s royales et princi\u00e8res montrent que les pourpoints \u00e9taient taill\u00e9s dans des mat\u00e9riaux pr\u00e9cieux et laissent supposer qu\u2019ils pouvaient \u00eatre port\u00e9s tels quels dans les appartements priv\u00e9s ou sous les tentes de guerre. C\u2019est seulement vers la fin des ann\u00e9es 1330 que les chroniqueurs s\u2019indignent un peu partout en Occident du fait que de jeunes guerriers se montrent en public dans ces v\u00eatements\u2026 r\u00e9v\u00e9lateurs. Ils sont en effet relativement courts, pr\u00e8s du corps, et rembourr\u00e9s au niveau de la poitrine pour accentuer l\u2019effet pectoraux. Et nous avons la chance d\u2019avoir un exemple conserv\u00e9 d\u2019un tel v\u00eatement, sous la forme du nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;pourpoint de Charles de Blois&nbsp;\u00bb. Ce v\u00eatement montre bien le bombement prononc\u00e9 du buste rembourr\u00e9, accentu\u00e9 par les boutons qui sont sph\u00e9riques sur la poitrine afin d\u2019en accentuer encore le volume, et plats au niveau de la taille et des hanches.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"321\" height=\"345\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/pourpoint.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1633\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/pourpoint.png 321w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/pourpoint-279x300.png 279w\" sizes=\"(max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pourpoint de Charles de Blois, milieu du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mat\u00e9riaux\u00a0: soie, toile de lin \u00e9cru, matelassage de coton. Lieu de conservation\u00a0: France, Lyon, mus\u00e9e des tissus et des arts d\u00e9coratifs. \u00a9 Lyon, MRMAD.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans le dernier quart du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les v\u00eatements de dessus comme la cotte sont supplant\u00e9s par une nouvelle venue, la houppelande. Port\u00e9e tant par les hommes que par les femmes, ce qui caract\u00e9rise principalement la houppelande ce sont ses manches tr\u00e8s \u00e9vas\u00e9es au point de fr\u00f4ler parfois le sol. V\u00eatements de luxe, les houppelandes adoptent souvent une coupe et une ornementation recherch\u00e9es, et pouvaient \u00eatre port\u00e9es ouvertes ou ceintur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"237\" height=\"522\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Capture-decran-2025-07-22-185146.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1634\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Capture-decran-2025-07-22-185146.png 237w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Capture-decran-2025-07-22-185146-136x300.png 136w\" sizes=\"(max-width: 237px) 100vw, 237px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Exemple de houppelande f\u00e9minine. Aeneas Silvius Piccolimini, <em>Historia de duobus amantibus<\/em>, c. 1460-1470, France, JPGM Ms. 68 (2001.45), fol. 30 (d\u00e9tail).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>V\u00eatements et ordre social<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il faut retenir de ce survol des v\u00eatements au Moyen \u00e2ge, c\u2019est l\u2019importance de la hi\u00e9rarchie sociale et de sa visibilit\u00e9. Pour conclure, nous allons donc parler bri\u00e8vement des lois et r\u00e8glements somptuaires qui d\u00e9coulent de cette n\u00e9cessit\u00e9 per\u00e7ue de maintenir un ordre social fortement hi\u00e9rarchis\u00e9. Dans les grands royaumes tout comme dans les cit\u00e9s ind\u00e9pendantes aux mains d\u2019une noblesse soucieuse de pr\u00e9server son statut, ces lois d\u00e9finissent des cat\u00e9gories de personnes afin de leur attribuer des droits vestimentaires (ou plut\u00f4t des interdictions).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple tr\u00e8s parlant qui nous est parvenu est celui \u201cStatuts de Savoie\u201d \u00e9dict\u00e9s en 1430 par le duc Am\u00e9d\u00e9e VIII. Le Livre V qui concerne la mod\u00e9ration du superflu compte 39 cat\u00e9gories de personnes, allant du Duc jusqu&rsquo;aux filles non mari\u00e9es des paysans et autres travailleurs. Pour chaque groupe les prescriptions r\u00e9glementent tant la coupe que l&rsquo;ornementation des v\u00eatements, de m\u00eame que la valeur des \u00e9toffes autoris\u00e9es. Par exemple, l\u2019emploi des \u00e9toffes est r\u00e9glement\u00e9 en fonction de leur prix et de leurs couleurs. Plus la cat\u00e9gorie sociale est basse, plus la r\u00e9glementation est s\u00e9v\u00e8re. Par exemple, l&rsquo;\u00e9carlate, une \u00e9toffe luxueuse de couleur rouge vif, obtenue en \u00e9crasant un petit insecte nomm\u00e9 la cochenille, \u00e9tait interdite aux bourgeois et aux marchands ais\u00e9s. Quant aux paysans, ils n\u2019avaient pas le droit de porter des v\u00eatements fendus ou orn\u00e9s de d\u00e9coupures, leurs robes ne pouvaient \u00eatre confectionn\u00e9es que dans des draps de prix moindre, et donc probablement non teints.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le v\u00eatement \u00e9tait \u00e9galement utilis\u00e9 pour signaler, mettre en marge de la soci\u00e9t\u00e9 certains individus, par exemple en fonction de leur religion mais aussi \u00e0 cause de leurs m\u0153urs. Par exemple, on a vu lors de <a href=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/2024\/04\/12\/episode-2-le-b-a-ba-de-linquisition\/\">l\u2019\u00e9pisode consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019inquisition<\/a> que certains h\u00e9r\u00e9tiques \u00e9taient condamn\u00e9 \u00e0 porter sur tous leurs v\u00eatements une croix en feutre de couleur vive en signe de d\u00e9shonneur. A partir du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les prostitu\u00e9es devaient \u00e9galement porter des signes distinctifs, afin de les distinguer des honn\u00eates femmes. Ces signes variaient selon les r\u00e9gions, mais leur but \u00e9tait le m\u00eame : pouvoir identifier le statut d\u2019une personne d\u2019un seul coup d&rsquo;\u0153il.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text has-media-on-the-right is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:auto 23%\"><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><\/p>\n<\/div><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"617\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-1024x617.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1317 size-full\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-1024x617.png 1024w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-300x181.png 300w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-768x463.png 768w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe.png 1386w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pour en savoir plus&#8230;<\/h4>\n\n\n\n<p>Margaret Scott, <em>Fashion in the Middle Ages<\/em>, J. Paul Getty Museum (2011).<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise Piponnier et Perrine Mane, <em>Se v\u00eatir au Moyen \u00e2ge<\/em>, Adam Biro (1995).<\/p>\n\n\n\n<p>Sophie Jolivet, <em>S\u2019habiller au Moyen \u00e2ge<\/em>, Editions Gisserot (2013).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cotte, braies, chaperon, couvre-chef, houppelande, chausses, pourpoint et robe sont tant de mots qui appartiennent au domaine du v\u00eatement m\u00e9di\u00e9val. \u00c7a fait beaucoup, et bien souvent dans les repr\u00e9sentations modernes qui ne se soucient pas tant du r\u00e9alisme historique, c\u2019est un peu tout m\u00e9lang\u00e9 et parfois assez fantaisiste. T\u00e2chons ensemble d\u2019y voir plus clair !&nbsp;&nbsp; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1631,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[17,13,18,16,24,12,9,23],"class_list":["post-1626","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-pas-si-moyen-age","tag-culture","tag-histoire","tag-medias","tag-medieval","tag-mode","tag-moyen-age","tag-religion","tag-vetements"],"blocksy_meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1626"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1635,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1626\/revisions\/1635"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1631"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}