{"id":1609,"date":"2025-02-28T19:41:46","date_gmt":"2025-02-28T17:41:46","guid":{"rendered":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/?p=1609"},"modified":"2025-07-23T12:28:43","modified_gmt":"2025-07-23T10:28:43","slug":"episode-6-la-chevalerie-a-cheval-entre-fonction-et-ideologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/2025\/02\/28\/episode-6-la-chevalerie-a-cheval-entre-fonction-et-ideologie\/","title":{"rendered":"Episode 6 : La chevalerie, \u00ab\u00a0\u00e0 cheval\u00a0\u00bb entre fonction et id\u00e9ologie"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-a89b3969 wp-block-buttons-is-layout-flex\" style=\"text-transform:none\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link has-text-align-center wp-element-button\" href=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/index.php\/podcast\/\">Ecouter l&rsquo;\u00e9pisode<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Bonjour \u00e0 toutes et \u00e0 tous et bienvenue dans le Scriptorium pour ce nouvel \u00e9pisode du \u201c(pas si) Moyen \u00e2ge\u201d.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Au chapitre des images \u00e9voqu\u00e9es par le Moyen \u00e2ge, la figure du chevalier n\u2019est pas en reste. Tout d\u2019armure v\u00eatu, il sillonne le royaume sur le dos de son fid\u00e8le destrier pour voler au secours de la veuve et de l\u2019orphelin.\u00a0Beau, fort, courageux, de noble naissance, elles sont toutes folles de lui, mais lui n\u2019a d\u2019yeux que pour sa Dame. Qui ne conna\u00eet pas Lancelot, le plus preux de tous les chevaliers, et son amour inconditionnel et tragique pour la belle Gueni\u00e8vre, \u00e9pouse de son seigneur, le non moins c\u00e9l\u00e8bre Roi Arthur?<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re question s\u2019impose toutefois avant d\u2019entrer dans les d\u00e9tails du pourquoi et du comment: de quoi parle-t-on quand on parle de \u201cchevalerie\u201d?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de chevalerie regroupe en effet deux r\u00e9alit\u00e9s : d&rsquo;abord la pratique militaire \u00e0 cheval, mais aussi le concept rassembleur de combattants li\u00e9s entre eux par une \u00e9thique. Le mot \u201cchevalerie\u201d finit ainsi par d\u00e9signer non seulement les hommes, mais aussi leurs valeurs : pour les sp\u00e9cialistes, la chevalerie s&rsquo;entend ainsi \u00e0 la fois comme un groupe social et comme un corpus id\u00e9ologique. On a d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019en discuter, mais le Moyen \u00e2ge, c\u2019est une p\u00e9riode tr\u00e8s longue d\u2019environ mille ans et la chevalerie telle qu\u2019on l\u2019entend aujourd\u2019hui n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne qui concerne l\u2019ensemble de la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale. Pour l\u2019Occident, ses d\u00e9buts remontent au XIe si\u00e8cle, suivi d\u2019un \u00e2ge d\u2019or entre le XIIe et le XIVe avant de confirmer son d\u00e9clin au XVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous avez \u00e9cout\u00e9 l\u2019\u00e9pisode consacr\u00e9 \u00e0 la f\u00e9odalit\u00e9, quand je vous parle de mutations sociales entre le Xe et le XIe si\u00e8cles, \u00e7a devrait vous faire tilt. C\u2019est l\u2019\u00e2ge des seigneurs et de leurs vassaux. Et si vous avez bien suivi, vous vous rappelez que parmi les obligations des vassaux envers leur seigneur, il y avait des obligations d\u2019ordre militaire. On est donc dans un contexte o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9gionale, locale des seigneurs s\u2019accro\u00eet au d\u00e9triment de l\u2019autorit\u00e9 centrale, et repose d\u2019une part sur leurs ch\u00e2teaux, v\u00e9ritables places fortes qui vont se multiplier sur l\u2019ensemble du territoire, et d\u2019autre part sur leurs vassaux ou serviteurs arm\u00e9s. Par effet ricochet, la multiplication de ces pouvoirs locaux va entra\u00eener une hausse de la conflictualit\u00e9 et de ce qu\u2019on pourrait appeler des \u00ab guerres de voisinage \u00bb entre les seigneurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a ne veut pas dire que c\u2019\u00e9tait la foire d\u2019empoigne pour autant. On l\u2019a vu, les relations vassaliques d\u2019une part et l\u2019ancrage des valeurs chr\u00e9tiennes d\u2019autre part fournissaient quand m\u00eame un cadre de r\u00e8gles et un cadre moral. Mais plus la-dessus plus tard. Pour l\u2019instant, on va revenir sur ces fameux vassaux ou serviteurs arm\u00e9s des seigneurs. Qui \u00e9taient-ils ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il est important d\u2019\u00e9tudier les termes qui \u00e9taient employ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour les d\u00e9signer dans les textes. Car quand on parle non seulement d\u2019une autre langue, mais aussi d\u2019une autre \u00e9poque, il est important de clarifier les mots qui \u00e9taient utilis\u00e9s et \u00e0 quoi exactement ils faisaient r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans ce cas pr\u00e9cis, la principale difficult\u00e9 \u00e0 laquelle se sont heurt\u00e9s les historiens pour \u00e9tudier les d\u00e9buts de la chevalerie provient du fait qu\u2019une multitude de termes servait \u00e0 d\u00e9signer ces fameux combattants des d\u00e9buts de l\u2019\u00e2ge f\u00e9odal et que \u00e7a brouille un peu les pistes. Nombre de ces termes coexistaient ainsi dans les sources : <em>miles<\/em> et son pluriel <em>milites<\/em>, <em>vassus<\/em>, <em>nobilis, caballarius<\/em>, pour n\u2019en citer que quelques-uns.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aux alentours de l\u2019an 1000, c\u2019est cependant le mot <em>miles<\/em> qui semble prendre le dessus sur les autres dans les sources. Il y d\u00e9signait des hommes de toutes conditions sociales, y compris des comtes, des princes, et m\u00eame des rois, \u00e0 des dates variables selon les r\u00e9gions. Mais est-ce qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019essor d\u2019un simple terme ou d\u2019une v\u00e9ritable classe sociale? S\u2019il est vrai que le mot <em>miles<\/em> est parfois utilis\u00e9 pour d\u00e9signer des personnages de rang \u00e9lev\u00e9 et qu\u2019il va peu \u00e0 peu remplacer dans les actes les termes <em>vassus <\/em>ou <em>fidelis<\/em>, dans le sens actuel de \u201cvassal\u201d, il n\u2019en continue pas moins aussi \u00e0 d\u00e9signer comme auparavant le simple soldat, le guerrier, qu\u2019il soit ou non vassal, riche, propri\u00e9taire ou m\u00eame libre. Le terme semble donc encore \u00e0 cette \u00e9poque d\u00e9signer une fonction plus qu\u2019une classe sociale. Un chevalier, c\u2019\u00e9tait avant tout un guerrier capable de combattre \u00e0 cheval, et ce quel que soit son rang.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p>Leur rang, justement, parlons-en.<\/p>\n\n\n\n<p>La question du lien entre noblesse et chevalerie n\u2019est en effet pas si simple. Dans les repr\u00e9sentations mentales qu\u2019on se fait de la figure du chevalier m\u00e9di\u00e9val, c\u2019est le noble muscl\u00e9, propre sur lui dans son armure rutilante sur son beau cheval blanc. On a en effet tendance \u00e0 penser que seuls les nobles pouvaient devenir chevaliers. Dans le film \u201cA knight\u2019s tale\u201d sorti en 2001, l\u2019intrigue enti\u00e8re repose sur le fait que le h\u00e9ros va s\u2019inventer une ascendance noble pour pouvoir participer \u00e0 des tournois en tant que chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019est-ce qui d\u00e9finissait la noblesse \u00e0 l\u2019\u00e9poque dont on parle? Eh bien au d\u00e9but du Xe si\u00e8cle, la noblesse n\u2019est pas encore un statut juridique clairement d\u00e9fini. Il faudra attendre la fin du XIIIe si\u00e8cle pour que le droit d\u00e9finisse d\u2019une part qui \u00e9tait noble et d\u2019autre part quels \u00e9taient les privil\u00e8ges de ce statut. Avant cela, \u201cnoble\u201d \u00e9tait avant tout utilis\u00e9 comme adjectif, et avait avant tout un sens moral, li\u00e9 au valeurs des personnes, plus qu\u2019un sens social.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 vient alors cette id\u00e9e que chevalerie = noblesse?<\/p>\n\n\n\n<p>Des d\u00e9buts de la chevalerie jusqu\u2019\u00e0 la fin du XIIe si\u00e8cle, les seules restrictions pour devenir <em>miles<\/em>, chevalier, \u00e9taient d\u2019en avoir les capacit\u00e9s physiques et financi\u00e8res. L\u2019entr\u00e9e dans la chevalerie \u00e9tait encore relativement ouverte. C\u2019est au XIIIe si\u00e8cle que des limitations vont commencer \u00e0 appara\u00eetre et que la fusion entre noblesse et chevalerie va se faire. Dans les r\u00e9gions o\u00f9 un pouvoir royal centralis\u00e9 fort va se remettre progressivement en place, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la chevalerie va \u00eatre de plus en plus contr\u00f4l\u00e9, par exemple en n\u2019acceptant dans ses rangs que les fils issus de parents nobles, ou des fils de chevaliers, ou encore en exigeant des aspirants chevaliers qu\u2019ils ach\u00e8tent des terres \u201cr\u00e9put\u00e9es nobles\u201d. Les chevaliers \u00e9tant, en France, exempt\u00e9s de nombreuses taxes, acc\u00e9der \u00e0 la chevalerie en achetant un de ces fiefs \u201cr\u00e9put\u00e9s nobles\u201d, c\u2019\u00e9tait un moyen parfait pour faire d\u2019une pierre deux coups : rejoindre la noblesse en tant que chevalier, et ne plus payer d\u2019imp\u00f4ts. Et du m\u00eame coup, vendre ces terres \u00e0 des aspirants chevaliers, c\u2019\u00e9tait aussi un bon moyen pour remplir les caisses royales : c\u2019\u00e9tait donc gagnant-gagnant! Ainsi, la chevalerie va fusionner avec la noblesse, car cette noblesse qui est encore en train de se d\u00e9finir, va vouloir r\u00e9server ce privil\u00e8ge \u00e0 ses propres fils. Pour citer Jean Flori, \u00e9minent sp\u00e9cialiste de la question : \u201cLa chevalerie, noble corporation de guerriers d\u2019\u00e9lite aux XIe et XIIe si\u00e8cles, se mue au XIIIe si\u00e8cle en corporation des guerriers nobles.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"870\" height=\"489\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Chivalry_Medieval-Warfare.avif\" alt=\"\" class=\"wp-image-1615\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Chivalry_Medieval-Warfare.avif 870w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Chivalry_Medieval-Warfare-300x169.avif 300w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Chivalry_Medieval-Warfare-768x432.avif 768w\" sizes=\"(max-width: 870px) 100vw, 870px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dans le jeu vid\u00e9o multijoueur \u00ab\u00a0Chivalry: Medieval Warfare\u00a0\u00bb (2012), un syst\u00e8me de combat rapproch\u00e9 avanc\u00e9 ainsi qu&rsquo;un large arsenal de 60 armes permet aux joueurs de remplir des objectifs tactiques en \u00e9quipe ou en mode chacun pour soi.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour terminer cette partie, on va parler de l\u2019adoubement. Difficile de parler de chevaliers sans parler de l\u2019adoubement, cette c\u00e9r\u00e9monie que l\u2019on voit si souvent repr\u00e9sent\u00e9e par un seigneur qui tapote les \u00e9paules de l\u2019aspirant chevalier avec une \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adoubement fait son apparition au XIe si\u00e8cle et n\u2019a alors qu\u2019un caract\u00e8re utilitaire : il s\u2019agissait simplement du moment o\u00f9 on remettait son \u00e9quipement au nouveau chevalier. C\u2019est l\u2019essor social de la chevalerie et sa fusion avec la noblesse dont on vient de retracer les lignes qui va entra\u00eener une valorisation de cette c\u00e9r\u00e9monie. Au XIIe si\u00e8cle, de nouveaux \u00e9l\u00e9ments vont progressivement faire leur apparition, comme le rituel du bain, de la veill\u00e9e d\u2019armes et la fameuse \u201ccoll\u00e9e\u201d, cette gifle donn\u00e9e par le seigneur et cens\u00e9e mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la r\u00e9sistance physique du chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus le temps passe, plus chevalerie et noblesse se confondent, plus l\u2019adoubement va devenir un rite co\u00fbteux et donc rare. Utilitaire \u00e0 l\u2019origine, cette c\u00e9r\u00e9monie va devenir avant tout honorifique au fur et \u00e0 mesure que le caract\u00e8re militaire de la chevalerie va dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p>Parlons maintenant de cette fameuse id\u00e9ologie chevaleresque! Et comme beaucoup de choses au Moyen \u00e2ge, pour comprendre, on va devoir se tourner vers l\u2019Eglise.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019a dit, avec le d\u00e9clin de l\u2019autorit\u00e9 royale et l\u2019augmentation des conflits et des guerres priv\u00e9es, c\u2019\u00e9tait la porte ouverte au chaos, et qui dit chaos, dit pillage. Et quoi de plus lucratif \u00e0 piller que des \u00e9tablissements eccl\u00e9siastiques ? Vous vous en doutez, ce type de pratique n\u2019\u00e9tait pas du go\u00fbt de l\u2019Eglise. C\u2019est ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 parler de deux mouvements ayant pour but de r\u00e8glementer la pratique de la guerre et faire r\u00e9gner la paix sociale : la Paix de Dieu et la Tr\u00eave de Dieu. Le mouvement de la Paix de Dieu est lanc\u00e9 lors d\u2019un Concile tenu \u00e0 Charroux en 989, puis va se r\u00e9pandre via de nombreux autres conciles au cours du XIe si\u00e8cle. Le fond de commerce du mouvement de la Paix de Dieu, c\u2019\u00e9tait les serments. Lors de ces conciles, qui se tenaient en public, les membres du concile proclamaient une l\u00e9gislation visant \u00e0 instaurer la paix, et les guerriers pr\u00e9sents \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 pr\u00eater serment, publiquement et sur des reliques, de&nbsp; s\u2019y tenir. Parall\u00e8lement, la Tr\u00eave de Dieu, au d\u00e9but du XIe si\u00e8cle, va tenter d\u2019imposer des limites temporelles \u00e0 l\u2019activit\u00e9 guerri\u00e8re, en leur imposant de s\u2019abstenir de guerroyer pendant les jours sacr\u00e9s.La paix devait donc r\u00e9gner entre les chr\u00e9tiens toutes les semaines du mercredi soir, au lundi matin, ainsi que pendant des p\u00e9riodes comme l\u2019Avent ou le Car\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre priv\u00e9e entre chr\u00e9tiens n\u2019\u00e9tait alors pas interdite, elle \u00e9tait seulement r\u00e8glement\u00e9e. Cependant en 1054, le concile de Narbonne va \u00e9noncer sans \u00e9quivoque que \u201ccelui qui tue un chr\u00e9tien verse indubitablement le sang du Christ\u201d. Ce fait pousse \u00e0 la redirection de la violence contre les infid\u00e8les \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la Chr\u00e9tient\u00e9. La Reconquista espagnole et les Croisades, par exemple, s\u2019inscrivent dans cette volont\u00e9 de canaliser la violence en la redirigeant vers l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Fortement marqu\u00e9e par la tradition chr\u00e9tienne et par les prescriptions morales, religieuses et politiques de l&rsquo;\u00c9glise m\u00e9di\u00e9vale, la chevalerie occidentale est intimement li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9votion pieuse, \u00e0 la pratique des armes et de la guerre, ainsi qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9thique de l&rsquo;assistance envers son prochain. On ne peut que constater l\u2019influence de l\u2019Eglise dans la construction du code moral des chevaliers et de l\u2019id\u00e9al chevaleresque. Mais en parall\u00e8le \u00e0 tout cela, on va voir qu\u2019il se passe des choses bien plus croustillantes quand on regarde du c\u00f4t\u00e9 de la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est s\u00fbr que la po\u00e9sie des troubadours, c\u2019est plus sexy qu\u2019un acte de concile d\u2019\u00e9v\u00eaques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les troubadours, parfois eux-m\u00eame des chevaliers, exaltaient ce qu\u2019on appelait la <em>fin amor<\/em>, l\u2019amour courtois, amour qui \u00e9tait, rappelons-le quand m\u00eame, le plus souvent adult\u00e8re. C\u2019\u00e9tait la d\u00e9votion totale, la v\u00e9n\u00e9ration de la figure de la Dame par les chevaliers de la cour, Dame qui est en g\u00e9n\u00e9ral l\u2019\u00e9pouse de leur seigneur, \u00e0 l\u2019image de Lancelot et de son amour br\u00fblant pour la belle Gueni\u00e8vre, ou de Tristan et Yseult pour ne citer que deux des exemples les plus connus aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"726\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-726x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1613\" style=\"width:396px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-726x1024.jpg 726w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-213x300.jpg 213w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-768x1083.jpg 768w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-1089x1536.jpg 1089w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043-1452x2048.jpg 1452w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/cpg848_0043.jpg 1767w\" sizes=\"(max-width: 726px) 100vw, 726px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Chevalier troubadour offrant un po\u00e8me \u00e0 sa bien aim\u00e9e. <em>Codex Manesse<\/em>, Heidelberg, Universit\u00e4tsbibliothek, Pal. Germ. 848, f. 24r.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Influenc\u00e9s \u00e0 l\u2019origine par la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, comme on l\u2019a vu, c\u2019est ensuite par la litt\u00e9rature profane que les id\u00e9aux chevaleresques vont se diffuser. Plus sp\u00e9cifiquement par ce qu\u2019on appelle la <em>mati\u00e8re de France<\/em> et la <em>mati\u00e8re de Bretagne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La m<em>ati\u00e8re de France<\/em> d\u00e9signe les cycles litt\u00e9raires qui se rapportent aux compagnons l\u00e9gendaires de Charlemagne et qui c\u00e9l\u00e8brent la chevalerie purement guerri\u00e8re, et le devoir vassalique. La <em>Chanson de Roland<\/em> en fait par exemple partie. La <em>mati\u00e8re de Bretagne<\/em>, comme son nom l\u2019indique, est quant \u00e0 elle centr\u00e9e sur l\u2019histoire des \u00eeles Britanniques et a largement popularis\u00e9 la l\u00e9gende du roi Arthur et de ses chevaliers de la table ronde dans la seconde moiti\u00e9 du XIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p>Le roi Arthur, parlons-en. On ne peut en effet pas faire un \u00e9pisode sur la chevalerie et la p\u00e9rennit\u00e9 de ses valeurs dans les repr\u00e9sentations post\u00e9rieures du Moyen \u00e2ge sans parler des l\u00e9gendes arthuriennes. Moi-m\u00eame, si je suis tomb\u00e9e dans la marmite du Moyen \u00e2ge \u00e0 l\u2019adolescence, c\u2019est \u00e0 cause de ce satan\u00e9 roi Arthur. Autant vous le dire tout de suite, on va rester tr\u00e8s en surface car c\u2019est un sujet qui m\u00e9riterait largement un \u00e9pisode \u00e0 lui tout seul pour ne serait-ce que gratter la surface. C\u2019est un poids lourd, si ce n\u2019est LE poids lourd du m\u00e9di\u00e9valisme. Et \u00e0 ce titre, nombre de sp\u00e9cialistes bien mieux inform\u00e9s que moi se sont pench\u00e9s sur la question si \u00e7a vous int\u00e9resse de creuser plus loin. Pour aujourd\u2019hui, nous allons donc nous contenter des bases.<\/p>\n\n\n\n<p>La l\u00e9gende du roi Arthur va se construire progressivement au cours du Moyen \u00e2ge. Pendant longtemps, les textes ont cherch\u00e9 \u00e0 faire de lui un souverain r\u00e9el, un anc\u00eatre glorieux auquel les souverains britanniques pouvaient se rapporter pour asseoir leur l\u00e9gitimit\u00e9. Si quelques textes l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, le premier jalon majeur dans l\u2019\u00e9tablissement de la l\u00e9gende arthurienne est l\u2019<em>Historia regum Britanniae<\/em> de Geoffroy de Monmouth, r\u00e9dig\u00e9e en latin entre 1135 et 1138. Dans cette histoire des rois de Bretagne, Geoffroy de Monmouth r\u00e9serve une place importante au r\u00e8gne suppos\u00e9 d\u2019Arthur et son r\u00e9cit contient d\u00e9j\u00e0 la plupart des \u00e9l\u00e9ments qui vont, quelques d\u00e9cennies plus tard, constituer la trame des grands romans de chevalerie. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1155, Wace, un po\u00e8te normand, r\u00e9dige le <em>Roman de Brut<\/em>, inspir\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Geoffroy de Monmouth mais r\u00e9dig\u00e9 cette fois-ci en anglo-normand et plus en latin. C\u2019est dans ce texte de Wace qu\u2019est mentionn\u00e9e pour la premi\u00e8re fois la fameuse table ronde. Plus encore que celle de Geoffroy de Monmouth, l\u2019\u0153uvre de Wace va transformer la figure d\u2019Arthur en v\u00e9ritable h\u00e9ros litt\u00e9raire et favoriser la cr\u00e9ation de r\u00e9cits enti\u00e8rement centr\u00e9s autour des aventures du roi Arthur, de la reine Gueni\u00e8vre, et des principaux chevaliers qui les entourent. D\u00e9sormais les auteurs de ces histoires ne seront, pour l\u2019essentiel, plus anglais mais fran\u00e7ais, le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre-eux \u00e9tant Chr\u00e9tien de Troyes. Les \u0153uvres de Chr\u00e9tien de Troyes, parmi lesquelles on compte <em>Le Chevalier \u00e0 la Charrette<\/em> et <em>Le Conte du Graal<\/em>, rest\u00e9 inachev\u00e9, fixeront en grande partie le caract\u00e8re des principaux h\u00e9ros de la Table Ronde ainsi que les grands th\u00e8mes et motifs autour desquels s\u2019articule la litt\u00e9rature qui leur est consacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux auteurs vont chercher \u00e0 continuer l\u2019\u0153uvre de Chr\u00e9tien, \u00e0 relier entre elles les aventures des principaux personnages, et \u00e0 combler certains trous dans les histoires des diff\u00e9rents h\u00e9ros. Cela va aboutir, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIIIe si\u00e8cle, \u00e0 la compilation d\u2019immenses cycles en prose, reprenant l\u2019ensemble de la l\u00e9gende du roi Arthur et de ses compagnons, d\u00e9veloppant notamment la th\u00e9matique chr\u00e9tienne du Graal.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui, quand quelque chose gagne en popularit\u00e9 au Moyen \u00e2ge, le christianisme n\u2019est jamais tr\u00e8s loin.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p>Alors que la litt\u00e9rature va propulser l\u2019id\u00e9ologie chevaleresque au premier plan, la chevalerie militaire va quant \u00e0 elle amorcer son d\u00e9clin d\u00e8s le XIVe si\u00e8cle. L\u2019\u00e9volution des arm\u00e9es au cours de la guerre de Cent Ans va conduire \u00e0 l\u2019affaiblissement de sa fonction. Les batailles de Cr\u00e9cy en 1346 puis d\u2019Azincourt en 1415, au cours desquelles l\u2019arm\u00e9e mont\u00e9e fran\u00e7aise va se faire RINCER vont notamment mettre en \u00e9vidence l\u2019inadaptation de la chevalerie, face \u00e0 l\u2019infanterie, \u00e0 l\u2019archerie et bient\u00f4t \u00e0 l\u2019artillerie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;imaginaire de la chevalerie a fortement marqu\u00e9 la litt\u00e9rature et les arts et est encore aujourd&rsquo;hui un ambassadeur du Moyen \u00e2ge redoutable aupr\u00e8s du grand public. En t\u00e9moignent les reconstitutions de joutes lors de f\u00eates m\u00e9di\u00e9vales, les jeux vid\u00e9os dans lesquels on peut s\u2019illustrer sur le champ de bataille et le nombre incalculable de r\u00e9interpr\u00e9tations du mythe arthurien dans la litt\u00e9rature et au cin\u00e9ma \u2013 plus ou moins r\u00e9ussies d\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"345\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Design-sans-titre-5-1024x345.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1614\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Design-sans-titre-5-1024x345.png 1024w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Design-sans-titre-5-300x101.png 300w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Design-sans-titre-5-768x259.png 768w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Design-sans-titre-5.png 1080w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">A gauche : Arthur et Merlin dans Shrek 3 (2007). A droite : Alexandre Astier en roi Arthur entour\u00e9 du chevalier Bohort et de son beau-p\u00e8re le seigneur L\u00e9odagan dans Kaamelot (2004-2009).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est ainsi que s\u2019ach\u00e8ve notre survol de l\u2019histoire de la chevalerie m\u00e9di\u00e9vale ! Comme toujours, je vous remercie de m\u2019avoir \u00e9cout\u00e9e. N\u2019oubliez pas de suivre le podcast sur les r\u00e9seaux sociaux et de passer jeter un coup d&rsquo;\u0153il sur mon site, et je vous retrouverai avec grand plaisir au prochain \u00e9pisode.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-black-color has-alpha-channel-opacity has-black-background-color has-background is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text has-media-on-the-right is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:auto 23%\"><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><\/p>\n<\/div><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"617\" src=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-1024x617.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1317 size-full\" srcset=\"https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-1024x617.png 1024w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-300x181.png 300w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe-768x463.png 768w, https:\/\/le-scriptorium.ch\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/paraphe.png 1386w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pour en savoir plus&#8230;<\/h4>\n\n\n\n<p>Jean Flori, <em>Chevaliers et chevalerie au Moyen \u00e2ge<\/em>, Editions Hachette Litt\u00e9ratures (1998)<\/p>\n\n\n\n<p>Richard W. Kaeuper, <em>Chivalry and Violence in Medieval Europe<\/em>, Oxford University Press (1999)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonjour \u00e0 toutes et \u00e0 tous et bienvenue dans le Scriptorium pour ce nouvel \u00e9pisode du \u201c(pas si) Moyen \u00e2ge\u201d.\u00a0 Au chapitre des images \u00e9voqu\u00e9es par le Moyen \u00e2ge, la figure du chevalier n\u2019est pas en reste. 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